Interview: la Catalogne est-elle le Donbass?

Réponse intégrale faite à Igor Gashkov journaliste chez RIA Novosti, MOSCOU, 19 octobre 2017. Reportage ici

Selon vous, y a-t-il  quelque chose de commun entre la situation actuelle de la Catalogne et celle du Donbass?

La comparaison me parait hasardeuse sur plusieurs points.

Le résultat de la situation actuelle au Dombass est né du coup d’Etat organisé à Kiev par les occidentaux (notons également que les nationalistes ukrainiens ont participé à ce coup d’Etat, mais pour d’autres raisons), je ne rentrerai pas dans les détails de cette affaire ici. S’en est suivi une tentative d’interdiction de la langue vernaculaire propre à cette région russophone qu’est le Dombas.

La revendication séparatiste de la Catalogne va puiser plus loin dans l’histoire. De plus la Catalogne est le point central de l’ère linguistique du catalan normatif. Les Pays catalans, issus de l’ancien royaume catalano-aragonais bénéficie d’un apport linguistique supplémentaire que certains qualifient de dialecte de la langue catalane, ces autres territoires ont également une culture propre qui vient enrichir la culture catalane. Depuis 1714, année de la chute de Barcelone qui marque la fin de la guerre de succession, la Catalogne n’a eu de cesse de lutter pour la récupération de ses prérogatives politique et la sauvegarde de son patrimoine culturel.

Si nous pouvons ici faire un parallèle entre le Dombass et la Catalogne, nous pouvons dire que oui, un moteur important du nationalisme ethnique est le facteur culturel, incarné ici par la volonté de préserver une langue. Mais pas que, et c’est là qu’interviennent certains points qui ne nous permettent pas de comparer les situations.

La Catalogne dans son combat pour l’indépendance n’a pas d’alliés au niveau international, elle est seule, et c’est peut être l’une des plus grandes erreurs commises pour les membres de l’exécutif catalan, ne pas avoir anticipé sur ce point. Tous les Etat européens sont contre son indépendance, et de facto l’Union Européenne composée de ces mêmes Etats. Ils s’y opposent au nom du principe de l’Etat de droit, et par peur d’un effet domino. Nous relèverons qu’il s’agit d’un acte hypocrite, quasiment aucune voix ne s’est élevée contre le référendum écossais. Pourquoi ? Simplement parce que l’Ecosse est pro- Union Européenne et que l’Angleterre était déjà engagée sur une voix contraire. Nous pouvons en revanche trouver un point commun sur cette question, ni la Catalogne ni le Dombass n’ont reçu un soutien international conséquent, pour ne pas dire inexistant, à l’exception de la Russie pour le Dombass.

Le Dombass a la chance d’avoir un allié de taille avec la Russie.

La détermination ici est également différente. Les peuples de l’Est sont encore habitués aux situations tendues, militairement parlant, et l’isolement soviétique a conservé chez eux certains instincts, contrairement aux peuples de l’Ouest qui eux sont endormis par la société de consommation et bercés par le principe démocratique qui ne s’applique que pour quelques privilégiés. Pour être plus clair, est-il encore envisageable pour les peuples de l’Ouest d’accepter l’idée d’endurer des souffrances liées à un contexte de trouble militaire ? On ne s’habitue jamais au contexte de guerre, en revanche on peut acquérir une forme d’endurance, physique et mentale. Un détail qui fait la différence au moment de vérité. Le Dombass a dû faire face à ce moment de vérité les armes à la main.

Le peuple catalan a choisi une voie pacifique pour accéder à l’indépendance. Ce n’est pas le cas du Dombass. Bien-sûr il eut été préférable à tous une solution pacifique afin d’éviter les effusions de sang. La question est la suivante : est-il envisageable que la Catalogne obtienne son indépendance via une campagne pacifique ? Il est rare dans l’histoire de trouver un cas de séparation comme celui de l’ex-Tchécoslovaquie.

De plus la Catalogne ne dispose pas d’armée, mais seulement d’un corps de police autonome. Il n’y a pas de service militaire obligatoire, donc pas de formation militaire initiale. C’est sans compter sur les arsenaux militaires. Une situation encore bien différente du Dombass, qui a pu constituer rapidement une armée afin de protéger sa jeune République lors des attaques militaires de la part de la partie adverse. Bien sûr, une intervention militaire du Gouvernement espagnol en Catalogne en cas de sécession aurait des conséquences terribles en Europe, ce cas de figure est quasiment inenvisageable, mais l’histoire reste une grande inconnue.

Llorenç Perrié Albanell, président du mouvement régionaliste Resistència

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